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UNIVERS LIVRES

  • Petit chronique de The Air We Breathe de Andrea Barrett

    The Air We Breathe.JPGL'histoire de The Air We Breathe se déroule dans un sanatorium du nord de l'État de New York pour les patients atteints de tuberculose, au début de la Première Guerre mondiale. L'un des nouveaux arrivants est Leo Marburg, un jeune chimiste russe. Miles Fairchild, un homme riche atteint de tuberculose, se repose dans une maison privée à l'extérieur du sanatorium, mais il y vient pour tenir des groupes de discussion hebdomadaires. Il a engagé une jeune femme nommée Naomi comme chauffeur dans l'espoir de gagner son affection, mais elle est plutôt attirée par Leo. Leo, quant à lui, se languit d'Eudora, la meilleure amie de Naomi. Lorsque les États-Unis entrent en guerre, les étrangers sont craints et isolés. Lorsqu'un incendie éclate au sanatorium, Miles en profite pour accuser Leo, son rival pour l'affection de Naomi. Le roman d'Andrea Barrett a reçu des critiques plutôt positives, le Newsday déclarant : "L'art de Barrett consiste en un équilibre presque parfait entre une narration fluide et la suggestion de vérités plus larges.

    On lit ses pages avec facilité, attiré par les fragilités attachantes de ses personnages et le caractère poignant de leurs circonstances. Pourtant, ce qui émerge de l'histoire est un panorama évocateur de l'Amérique, pour le meilleur ou pour le pire, à l'aube d'un énorme changement."

     

    The Air We Breathe de Andrea Barrett

  • Lecture de La jeune détective : Et autres histoires étranges de Kelly Link

    Découverte dans nos contrées par Gilles Dumay, le directeur de collection de Denoël Lune D’encre, Kelly Link bénéficie de la traduction en France d’un recueil de nouvelles sans équivalent dans son pays. Avec La Jeune détective et autres histoires étranges, Denoël regroupe en effet une sélection du « meilleur » de deux précédents recueils, Stranger Things Happen et Magic for Beginners.

     

    La jeune détective   Et autres histoires étranges.JPGDe ce côté de l’atlantique il s’agit bien pour la majorité des lecteurs de « découverte », puisque hormis dans des revues spécialisées de science-fiction, il était jusqu’alors impossible de lire ces textes. Récompensé par le Prix James Tiptree Award en 1997, dés la parution de Voyages avec la femme des neiges, Kelly Link fait aujourd’hui figure de référence dans le domaine du fantastique à tendance onirique et horrifique. Les multiples récompenses glanées par l’écrivain depuis quelques années le prouvent (Prix World Fantasy en 1999, Nebula Award en 2001, Hugo Award en 2005 et Nebula Award en 2006, etc.)

     

    Une reconnaissance méritée, qui vient couronner un univers, une écriture et une voix vraiment singulière dans le milieu de la « SF » contemporaine (au sens large). En effet, Kelly Link, d’une grande intelligence et d’une sensibilité non moins affûtée impose tout au long de La Jeune détective... un ton original et une ambiance réellement intrigante. Ses nouvelles gentiment morbides résonnent en nous comme de mauvais rêves au petit matin. L’auteur semble puiser dans l’inconscient collectif, mélangeant chimères, relectures très personnelle des grands mythes de l’humanité ou adaptations moderne des contes sinistres de Hans Christian Andersen (Voyages avec la femme des neiges faisant évidemment référence à La Reine des Neiges, mais aussi plus étrangement, à Cendrillon) et des histoires non moins cruelles d’Hoffmann ou Edgar Allan Poe.

     

    Mais Kelly Link cultive avant tout un style résolument contemporain (exception faite du très british « Chapeau du Spécialiste » qui n’est pas sans évoquer le film Les Autres d’Alejandro Amenabar , ou « Leçon de Vol » et sa cohorte de dieux et demi-dieux) ce qui déplace en quelque sorte, son monde fantasque et fantastique dans le domaine obscur et inquiétant des légendes urbaines, des déambulations éveillés de l’adolescence et des songes de l’enfance. On trouvera aussi beaucoup de points communs avec les auteurs inclassables de la littérature générale. Ainsi, « Nymphéas, Lilas, Lilas, Iris », rapelle Ainsi vivent les morts de l’anglais Will Self, « Leçon de magie pour débutant » malgré son titre à la Harry Potter fait immanquablement penser aux textes des Légendes d’automne de Ray Bradbury, « Le sac à main féerique » et « Peau de chat », ne sont pas loin de Michael Connelly ou du Neil Gaiman de Neverwhere, Animaux de pierre est un clin d’œil à Lovecraft, quant à « Plan d’urgence anti-zombie », avec son évocation nocturne d’adolescents aisés, laissés à eux même par leurs parents irresponsables, il semble faire un autre clin d’œil, au Bret Easton Ellis à la fois léger et sophistiqué de Lunar Park, cette fois ou de   chronique de Blaze – Stephen King .

     

    Au final, avec La Jeune détective et autres histoires étranges nous poursuivons notre découverte de cette littérature « transgenre », que d’aucun nomme joliment transfiction. Un terme proposé par Francis Berthelot pour qualifier des textes qui n’entre ni vraiment dans le domaine de la science-fiction, ni réellement dans celui de la littérature générale. Une chose est sûre, ce recueil ravira les amateurs de littérature étrange (c’est le moins avec un titre pareil), de fantastique décalé ou encore les lecteurs de Jacques Barbieri ou de Jeff Noon, avec qui Kelly Link partage également, bien des points communs.

     

  • Une lecture du livre : Le Choc de l’Islam de l'historien Marc Ferro

    Le Choc de l’Islam de Marc Ferro .JPGDerrière un titre "à sensation" se cache un livre très documenté qui fait tomber nombre d’a priori sur le monde musulman et découvre des pans entiers de notre histoire que l’on n’a pas appris sur les bancs de l’école ni devant la télévision.

    La grande qualité de Marc Ferro est qu’il tente toujours de faire la lumière avec honnêteté sur l’histoire, bravant les tabous s’il le faut, qu’ils soient d’un camp ou de l’autre. Il est d'ailleurs l'auteur d'un ouvrage d'historiographie remarqué : Les ruses de l’Histoire 

    Une partie de son ouvrage est consacrée à la création artificielle des Républiques d’Asie Centrale (notamment l’Ouzbekistan et le Tadjikistan) par les Soviétiques et à ses conséquences néfastes.

    Puis il met l’accent sur l’histoire de la zone s’étendant de l’Iran au Maroc, soit plus ou moins l’étendue maximale de l’empire Ottoman, dont Oussama Ben Laden a regretté la disparition. On y apprend comment Arabes et Musulmans ont une histoire marquée, après une période riche et faste, d’une série d’humiliations infligées par les anciens empires coloniaux (France, Grande-Bretagne), par eux-mêmes en 1967 et enfin, par les Etats-Unis. On mesure également à quel point les puissances occidentales ont mal mesuré, tout au long de l’histoire, la force de certaines valeurs musulmanes comme la famille, de l’idéal pan-arabe des dirigeants égyptiens et syriens qui ont par moments instrumentalisé l’Islamisme pour servir leurs fins.

    On apprend aussi les tensions intenses qui opposent les chefs d’Etats arabes et les islamistes, lesquels trouvent facilement une audience dans une population majoritairement indigente. Que ces tensions sont intimement liées aux conflits internes des islamistes vis-à-vis de la modernité, de la nation et de la légalité : faut-il utiliser la modernité, s’introduire dans les institutions d’un pays, faut-il rejeter tout d’un bloc, y compris l’idée d’Etat ?

    Il montre que les deux guerres d’Irak ont profondément divisé les pays arabes (mais pas forcément les populations) les unes soutenant les Etats-Unis, les autres s’abstenant. On voit également comment les mouvements révolutionnaires rouges occidentaux d’après 68 sont devenus des alliés pourtant improbables des terroristes islamistes, les premiers étant déçus des institutions capitalistes et les seconds, désespérés et anti-légalistes.

    Enfin, il explique que le mouvement terroriste actuel de Ben Laden, par son refus du compromis et du légalisme, va à l’encontre de l’intérêt de pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Egypte. D’ailleurs, une des raisons pour laquelle le réseau de Ben Laden recrute avec facilité dans les pays occidentaux est qu’il entend lutter contre l’"impérialisme" capitaliste américain, et pas seulement pour l’avènement d’un monde musulman trans-frontières.

    Sans vouloir absolument donner ou proposer de réponse aux problèmes ni avancer de thèses fumeuses, Marc Ferro met simplement en relation des faits que les médias ou l’historiographie occidentale présente isolément, et propose ainsi une analyse intelligente et éclairante sur une question que tout le monde juge confuse. Bref, à lire absolument pour penser moins bête.

    Marc Ferro, Le Choc de l’Islam (XVIIe-XXIe siècle), Odile Jacob, 2003.

     

     

     

     

  • Fin de Lecture de : The Laws of Cool d'Alan Liu

    The Laws of Cool.JPGDans le contexte actuel, hautement informatisé et technocratique, Alan Liu insiste sur l’importance du recours au champ de connaissance des humanités. Il appelle à l’émergence d’un discours essentiel et critique pour la formation de professionnels et de citoyens éduqués, et non pas seulement cool. Le concept n’est pas nécessairement nouveau mais The Laws of Cool présente une argumentation singulière démontrant qu’il est essentiel de rétablir l’enseignement des humanités, qui seules peuvent donner un sens critique et établir une hiérarchie de valeurs permettant de choisir, décider et diriger. C’est un projet louable, et probablement inévitable, que de proposer d’adapter les acquis du passé pour répondre aux changements sociétaux.

    Par ailleurs, la méthodologie a des ratés. On constate un manque de hiérarchie dans l’organisation des idées, des données et des références utilisées, bref un manque de sens critique. Le livre propose une bibliographie de quarante-cinq pages qui renvoie, indifféremment, à des émissions de télévision, des études anthropologiques, des sites Internet de compagnies, des études scientifiques, etc. J’accuse, précisément, Alan Liu d’être cool. C’est-à-dire de ne pas identifier ce qu'il sait versus ce qu’il ne sait pas. The Laws of Cool semble un ouvrage inachevé qui a été publié trop tôt. Une plus longue réflexion et la maturation du sujet auraient sans doute permis de présenter une thèse plus solide et une défense plus serrée du sujet. De plus, un élagage des références aurait permis d’éliminer celles qui ne sont pas essentielles. Qui plus est, un sérieux travail de révision aurait également pu améliorer la syntaxe pour rendre l’ouvrage plus lisible.

    Le livre conclut que le cool favorise l’imagination. Je crois plutôt qu’une discipline rigoureuse permet de s’affranchir des idées reçues pour proposer un débat fondamentalement original… et vraiment cool ! 

    The Laws of Cool: Knowledge Work and the Culture of Information,  Alan Liu
    The University of Chicago Press, Chicago and London / 2004

  • Lecture de : The Laws of Cool - Knowledge Work and the Culture of Information, d'Alan Liu

    The Laws of Cool.JPGQuel est le travail actuel sur le savoir et la connaissance ? Comment ce travail influence-t-il la culture de l’information ? Et, plus spécifiquement, quel est l’apport des humanités dans la culture émergente ? L’homme instruit doit savoir identifier, cataloguer, et choisir l’information qui lui est accessible. En l’absence de meilleurs paramètres, le paradigme du cool sert, pour l’instant, de mode de référence.

    Qu’entend-on par cool ? C’est le point de fuite de la techno-informatique, de l’esthétisme contemporain, de la psychologie, de la politique, de la spiritualité, bref de tous les domaines de la connaissance intégrés. Il n’y a plus de beauté, de sublime, de tragédie, de grâce ou de fatalité. Seulement être cool ou ne pas l’être. Le cool émerge comme un jeu des cultures, une façon de travailler dans une fissure, un faux-pas qui s’ouvre entre l’être et le non-être de l’information post-industrielle, entre ce qui est connu et ce qui ne l’est pas.

    À l’origine, l’homo sapiens répondait aux lois de la nature. Maintenant, il obéit aux principes du cool qui, paradoxalement, définissent le travailleur de l’ère post-industrielle tout en permettant un geste ambivalent de défiance envers le travail sur la connaissance. Je suis cool veut aussi dire : je suis branché à une sous-culture de l’information définie par l’Internet, conçue comme contrepoint à l’information académique officielle. De façon plus subversive, le réseau informatique change les modes de la société en créant un nouveau modèle de citoyen, le «cybertalirien ». Dans cette société transformée, s’installe une libre discussion des enjeux. Cela favorise l’émergence d’un consensus et l’implantation de décisions virtuellement collégiales, fruit de l’impact cumulé des milliers de message individuels.

    Les valeurs de la société post-industrielle ont influencé de façon incrémentielle la vie de tous les jours. La culture « corporative » remet en question l’enseignement des humanités parce qu’elles ne contribuent pas directement à l’acquisition de compétences et d’habiletés particulières. Cela implique l’usurpation des valeurs historiques de la culture telle que définie traditionnellement par le territoire des humanités, porteur de représentations essentielles et reconnues. Le cool, en tant qu’ignorance de ce que l’on ne connaît pas est un pauvre substitut à ce qui pourrait être une définition plus serrée des zones du savoir qui nous échappent. À l’âge de l’information, le défi est d’arrimer le cool à la quête d’un inconnu définissable, résidant à la fois dans le futur, le présent et le passé. Il faut donc enseigner aux éducateurs les aspects humanistes de la technologie. La meilleure façon est d’inclure dans l’éducation technologique une identification de son contexte historique qui permette d’établir les limites du connu et, par conséquent, les paramètres de l’inconnu. La connaissance de la raison d’être et de l’histoire de la technologie peut être intégrée si l’on arrive à démontrer la tension perpétuelle entre l’archaïque et le nouveau.

    L’imagination commence avec le cool mais ultimement, nous avons besoin d’un recours aux arts, à la littérature et à leur histoire, pour nous conduire au-delà du cool 

     

     

    The Laws of Cool: Knowledge Work and the Culture of Information

    Alan Liu
    The University of Chicago Press, Chicago and London / 2004
    573 pages 

  • Critique de : Une petite fin du monde, de Laurent-Michel Vacher

    Une petite fin du monde.JPGCe livre de Vacher est un des rares qui portent sur des réflexions de fin de vie : « tout à coup il me semble que presque aucun philosophe n’a écrit ses réflexions de fin de vie, comme je suis en train de le faire. » (p. 89-90).

    L’auteur, qui sait à 61 ans, ses jours comptés, se regarde mourir en respectant le plus possible son parcours matérialiste et athé. Ainsi, l’urgence de créer qui est palpable répond d’abord à la nécessité de partir avec ce sentiment d’avoir tout dit, d’avoir conclut en quelque sorte sa pensée. Mais elle répond aussi à cet unique espoir de « vie » après la mort. Et c’est une œuvre fort intéressante qui survivra. Intéressante, notamment de par sa forme où l’auteur confronte des lieux communs, dialogue avec des philosophes, renouvelle les débats, fragmente ses réflexions comme si la maladie qui morcelait sa vie, morcelait aussi ses écrits. D’ailleurs, la seconde partie intitulée « Fragments autobiographiques » fut interrompue par son décès.

    Vacher parle de la mort avec lucidité sans jamais tomber dans le piège du « ventriloque manipulant à son gré une marionnette sans âme » (p. 25), sans jamais faire dire n’importe quoi à cette « grande muette » qu’est la mort. Bref, sans jamais tomber dans la facilité. Il réfléchit en tout honnêteté, admet ses propres contradictions, questionnements, peurs, regrets, peines : « la seule chose qui me fasse pleurer ces temps-ci, systématiquement et à chaque fois que j’y pense, c’est la perspective de déserter celle qui aura été le grand amour de ma vie, de l’abandonner à une solitude qu’elle ne souhaite pas » (p. 33-34), mais aussi ses souhaits, comme celui de voir ce même amour recueilli par une nouvelle personne, qui vivrait très longtemps (p. 34). Ce témoignage d’amour prend tout son sens, puisqu’il s’agit du seul aveu de ce genre. En effet, c’est le penseur qui prédomine tout au long de l’ouvrage.

    Mais ce livre, divisé en trois parties, ne porte pas exclusivement sur la mort. Dans « Carnet devant la mort », l’auteur réfléchit sur la mort, en plus d’exposer la conception aussi originale qu’audacieuse d’une philosophie qui devrait, plutôt que de s’en détacher, s’allier à la science et qui devrait en finir avec la « valorisation de l’obscurité ». Dans cette même partie, les dernières lignes dénoncent les conditions et situations absurdes auxquelles sont confrontés les malades québécois. Dans « Fragments autobiographiques », il retrace son propre parcours et exprime en quoi les souverainistes l’ont fait changer d’idée par rapport à l’indépendance du Québec. Vacher y présente également sa définition de l’art et de la critique d’art. Sa définition de l’art, qui comprend quatre volets, implique une étude objective d’une œuvre tout en soumettant quelques critères qui tiennent compte du jugement de valeur. Toujours audacieusement, Vacher rejette toute conception de la postmodernité, notamment parce que la religion, qui est encore très présente de nos jours, lui apparaît au cœur même des conflits entre Anciens et Modernes. Il sera d’ailleurs fort intéressant pour le lecteur de mettre en parallèle ces propos sur l’art avec la dernière partie du livre « Mon vingtième siècle Matériaux pour un projet » où il trouvera une liste d’œuvres du XXe siècle, qui ont marqué l’auteur. Dans cette liste, la quasi absence d’œuvres littéraires québécoises est notable, mais il est aussi vrai que cette liste incomplète aurait pu être étoffée s’il avait mené à terme son projet.

    Une petite fin du monde questionne donc, une dernière fois, la mort, mais aussi la philosophie, le système de santé, l’art et la critique d’art, la politique québécoise avec intelligence et humilité.

     

     

    Une petite fin du monde,

    Laurent-Michel Vacher
    Liber / 2005
    197 pages 

  • Lire David Lodge : La Vie en sourdine

    David Lodge  La Vie en sourdine.JPGLe plus caustique des britanniques offre à cette rentrée littéraire une bouffée d’oxygène. Acerbe, drôle, piquant, La Vie en sourdine de David Lodge est une autobiographie à peine masquée.

     

    Tout juste retraité, cet ancien professeur de linguistique tue le temps comme il peut, entre la lecture du Guardian, les occupations mondaines de sa femme, devenue propriétaire d'un magasin de déco très en vogue, et ses visites chez son père qui vit isolé dans une banlieue Londonienne. Au cours d'un vernissage mondain très bruyant, Alex Loom, une étudiante américaine extravagante profite de quiproquos et de malentendus pour lui faire prendre en charge sa thèse, elle aussi saugrenue.

    La mécanique du rire

    16 ans après la parution d'Un tout petit Monde, qui l'avait fait connaître du grand public, la fougue de Lodge est intacte. Celle qu' Umberto Eco qualifiait avec justesse de « picaresque académique » : « Outre qu'il amuse, Lodge est méchant. Je crois que c'est l'un des hommes les plus méchants qui existent. En fin de compte, il dit du mal (mais avec quel délice) du monde dans lequel il vit ». Le titre original, Deaf sentence, jeu de mot entre deaf (sourd) et death (mort), ne déroge pas à la règle.

    Une étudiante psychopathe et sado maso à ses heures, un vieillard rabougri, radin et sourd comme un pot, une belle-mère catho antipathique, un couple qui refuse de vieillir : Lodge force le trait de ses personnages, mais vise juste. La mécanique du rire, bien huilée, s'accompagne d'une analyse impitoyable du monde qui l'entoure avec, toujours ses ingrédients fétiches : jeux de mots, d'esprit, comique de situation, sans oublier la petite touche d'érotisme. Lodge renoue avec ce monde universitaire qu'il connaît bien. Son narrateur pratique avec fierté une démonstration de linguistique dès que l'occasion se présente, dans les réceptions mondaines ou lors de ses étonnants cours de « lecture labiale ». Lui, qui n'entend jamais les réponses, picole et contre-attaque : intarissable, il saute à la gorge de son interlocuteur, incapable d'en placer une.

    "Je" grinçant

    La Vie en sourdine est un condensé d'épisodes satiriques. Si le protagoniste rend visite à son père dans sa maison étriquée et miteuse de Brickley, la plus ancienne banlieue de Londres, (qui n'est pas sans rappeler Rummidge, la ville imaginée par Lodge dans sa fameuse trilogie du même nom) c'est pour mieux creuser le fossé avec la sienne, située dans le Nord de la ville et rénovée avec goût. Ce « Gladworld », ou « la douce prison », dans laquelle le couple passe le week-end de Boxing Day n'est autre qu'une description piquante de Center Parcs !

    Usant tantôt de la première personne, tantôt de la troisème, Lodge a choisi la forme du journal intime pour raconter ses aventures. Aventures qui se dévorent d'un trait, tant le style est limpide. L'arme du comique n'est pas une surprise. En revanche, Lodge s'illustre ici dans un autre registre. Sans sombrer dans le pathos, il décrit le temps qui passe : la remise en cause, passée la cinquantaine, la mort de son père. Mais en attendant, la fin reste à écrire. Le héros Desmond, lui, l'entend bien de cette oreille !

    David Lodge, La Vie en sourdine, Rivages, septembre 2008.