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UNIVERS LIVRES

  • EXPOSITION au Louvre - Ivoires. De l’orient ancien aux temps modernes Musée du Louvre, jusqu’au 30 août 2004

    L’art de l’ivoire illustre de manière privilégiée les relations entre l’homme et le monde animal qui l’entoure. Les chasseurs paléolithiques en ont tiré des armes, des outils, de très beaux objets de parure. En Egypte, au proche Orient ancien, en Grèce comme à Rome, ils ont servi à faire des oeuvres destinées aux élites ; leur décor illustre les idéologies, l’affirmation du pouvoir royal, la dévotion religieuse. Fortement ancrés dans cette tradition, l’Occident, du Bas-empire romain au XXe siècle, le monde de l’Islam, ont également magnifié la beauté de cette matière. Il en est de même pour les autres civilisations des cinq continents.

    EXPOSITION - Ivoires..jpg Ce n’est pas souvent que le même mot désigne le matériau et l’art qui s’y consacre, tant ils se confondent. Au-delà du plaisir spontané offert par leur couleur et leur poli, de leurs teintes qui vont des jaunes pâles aux gris en passant par le blanc et le rosé, les ivoires présentés par le Musée du Louvre méritent l’effort d’entrer dans la richesse des détails de leur forme et de leur ornementation.

    L'exposition au Musée du Louvre, très pédagogique sans l’être trop, est organisée selon un principe chronologique qui n’oublie pas d’examiner le large éventail des matériaux dont sont tirés les ivoires. Ces derniers se révèlent appartenir à plusieurs espèces : l’ivoire noble par excellence est celui de l’éléphant, apprécié tant pour la blancheur de son matériau que pour la finesse de son grain et les grandes dimensions des blocs utilisables. Mais l’on trouve utilise aussi l’ivoire d’hippopotame, de sanglier, de cachalot, de morse, de narval, de dugong et bien sûr de mammouth, l’animal d’origine variant selon le lieu et l’époque. On mesure alors l’ingéniosité des ivoirirers qui s’emploient à tirer le meilleur parti d’un volume parfois réduit, devant composer avec les cavités ou les pulpes contenues par ces cornes ou ces dents, devant resculpter des ivoires déjà utilisés quand la matière vient à manquer ou que l’on veut réinvestir une pièce pour se l’approprier comme c’est par exemple le cas des diptyques du bas-Empire réutilisés au haut Moyen Age pour couvrir et ornementer de la plus belle manière qui soit des manuscrits enluminés.

    Il est surprenant de voir jaillir, dès l’antiquité, des formes qui parviennent à donner l’illusion de la ronde bosse. Les ivoiriers empruntent un grand nombre de techniques et de gestes aux orfèvres et partagent en grande partie les mêmes outils :jeu de gouges, écouanes, trépans, limes, râpes, grattoirs et burins de plus en plus fins participent à la sculpture du matériau qui est souvent ensuite poli avec de la peau de poisson, parfois enduit d’huile puis peint. C’est ainsi que les ivoiriers dégagent un volume important et retrouvent de la profondeur sur des plaquettes d’ivoire parfois très minces (cf.ci-contre l’ivoire de la rencontre d’Abner et de Joab datant du IXe siècle carolingien). C’est merveille quand on sait à quel point l’ivoire est un matériau fragile et qu’un simple geste maladroit peut fendiller une grande partie de l’œuvre qui a été sculptée...

    L’on ressort charmé de cette petite exposition qui regorge de trésors dont la patine ou l’évolution des couleurs nous disent qu’ils vivent encore. Trésors d’art religieux ou d’art profane, les ivoires sont des merveilles de finesse de tous les temps et de toutes les civilisations, de magnifiques supports de l’expression artistique universelle au caractère migrateur.

  • EXPOSITION - Nicolas de Staël

    Le Centre Pompidou présente une rétrospective des quinze dernières années de Nicolas de Staël (1914-1955). Né à St-Petersbourg, ce fils d’exilés russes ne cessa d’approfondir ses recherches sur les formes, les matières et les couleurs tout en voulant dépasser l’opposition abstraction-figuration qui caractérise le monde de l’art dans le Paris de l’après-guerre. L’exposition présente près de 200 oeuvres majeures - 135 peintures, 80 dessins - venus de musées et collections françaises et étrangères, quelques livres illustrés et des gravures mais aussi des lettres touchantes de ce peintre qui choisit de se donner la mort à 41 ans.

    EXPOSITION - Nicolas de Staël.jpg Comment rendre compte de la diversité d’un peintre qui, insaisissable, n’est jamais tout à fait le même ? Alors que le peintre installé à Nice puis dans la capitale peint des toiles figuratives, il se tourne vers l’abstraction à partir de 1941, à la suite de sa rencontre avec Alberto Magnelli et Henri Goetz, deux peintres eux-aussi exilés. Les formes s’entrelacent et l’artiste travaille avant tout sur les contrastes de luminosité avant de se jeter vers une peinture beaucoup plus sombre et lourde comme en témoignera l’angoissante toile considérée comme le chef d’oeuvre de cette période, intitulée la vie dure (1946). La matière picturale ne cesse de s’épaissir et ses couleurs lourdes et terreuses semblent rappeler la pesanteur brute du monde. Ce n’est qu’après une série d’encres de Chine follement torturées que le peintre éclaircira sa palette.

    Si les tons maçonnés au couteau et à la brosse deviennent plus doux et brillants, accrochant admirablement la lumière, la palette de l’artiste n’en demeure pas moins instable. C’est la période des tesselles de mosaïque (1949-1951) qu’il appelle aussi bien « paysage » que « nature morte ». On discerne une rupture en 1952, quand Nicolas de Staël peint à nouveau quelques objets puis quand dans sa célèbre toile Les toits pour la première fois un ciel apparaît au-dessus des tesselles.

    EXPOSITION - Nicolas de Staël 2.jpg Sont-ce les nuages qui lui donnèrent envie de peindre les paysages lumineux de l’Ile de France, de Normandie ou de Provence célébrés par l’exposition ? Jamais on aura peint le ciel de manière aussi épaisse et pourtant lumineuse. Que les oeuvres soient sur grand ou sur petit format, cette série est sans doute celle qui nous aide à mieux comprendre l’artiste dévoré par la couleur et la lumière du plein-air,de même que son travail sur les footballeurs auxquels une salle entière est consacrée : en mars 1952, le peintre ravi d’un match France-Suède décide de se lancer dans la réalisation d’un très grand Parc des Princes. Une vingtaine de petites études préparatoires absolument sublimes cherche à saisir avant la réalisation du projet le mouvement des masses musculaires tourbillonnantes et les couleurs vives des maillots des joueurs éclairés par les projecteurs. Comme pour ses paysages, Nicolas de Staël peint abstrait tout en retournant au motif ce qui fera sa célébrité. Sa peinture devra traduire l’éblouissement d’un instant, le mouvement dans la forme qui dans les Indes galantes force aujourd’hui notre admiration.

    L’installation en Provence et un voyage en Sicile sont le temps d’un motif sur le vif. Si Nicolas de Staël se contente de tracer quelques formes au feutre durant son voyage, il peint à son retour de nombreuses toiles dans la ligne d’Agrigente où l’espace est construit par des masses de couleurs plus vives et plus chaudes que jamais où la matière se fait quelque peu oublier.

    Les derniers mois dans l’atelier d’Antibes (septembre 1954-mars 1955) sont le lieu du doute et de nouvelles expérimentations. Le peintre fixe sur les toiles ses objets quotidiens dans une touche de plus en plus fluide et lisse que n’apprécient ni ses proches ni les critiques.

  • Ouvrage à offrir : Le Louvre et les Tuileries

    Le Louvre et les Tuileries - Huit siècles d'histoire.jpg Un énième ouvrage sur le Louvre, pourrait-on penser. Pourtant celui-ci, fruit de la collaboration des éditions de La Martinière et du musée, recèle certains atours, certaines caractéristiques qui en font une petite référence. L’accent est mis sur les oeuvres, quelque 500 toiles, sculptures, dessins et autres objets de culte sont ici répertoriés, classés en fonction des domaines couverts par le musée : peintures française et italienne, antiquités grecques, arts graphiques... On nous promet une visite dans les allées du Louvre, et c’est une véritable balade en images qui s’offre ici.

    Depuis 1202, le cœur de la France bat au Louvre et au jardin des Tuileries depuis la Révolutionn en témoigne la campagne de dons pour restaurer les bancs des tuileries... Tout commence avec la « grosse tour », construite sous Philippe Auguste et Charles V pour se protéger des Anglo-Normands, marquant ainsi le centre de la féodalité française. Ce site, initialement une forteresse médiévale, symbolise la puissance et l’unité du royaume. Au XVIe siècle, François Ier transforme radicalement le Louvre en démolissant la forteresse pour y ériger un palais Renaissance, reflétant l’influence artistique et culturelle de l’Italie. Sous son règne, le Louvre devient un lieu de prestige, accueillant les collections royales et incarnant le rayonnement de la monarchie française . Catherine de Médicis, reine de France et épouse d’Henri II, poursuit cette métamorphose en ajoutant le palais des Tuileries, un ensemble architectural élégant qui s’étend vers l’ouest de Paris. Les Tuileries, conçues comme une résidence royale et un lieu de fêtes, deviennent indissociables du Louvre, formant un ensemble monumental au service du pouvoir. Cependant, cet ensemble est aussi le théâtre d’événements tragiques, comme la Saint-Barthélemy en 1572, qui laisse une trace sanglante dans l’histoire de ces lieux

    Au fil des siècles, le Louvre et les Tuileries évoluent au gré des régimes politiques. Sous la Révolution, le Louvre est transformé en musée, ouvrant ses portes au public et devenant un symbole de la démocratisation de l’art. Le palais des Tuileries, quant à lui, reste un lieu de pouvoir jusqu’à sa destruction lors de la Commune de Paris en 1871, marquant la fin d’une époque. Le XIXe siècle voit le Louvre s’agrandir et se moderniser, avec des projets architecturaux ambitieux qui préparent son rôle futur de grand musée national 


    A défaut d’une réelle originalité dans sa présentation, ‘ Le Louvre et les Tuileries’ offre un joli panorama de la collection du plus grand musée français. Le choix est subjectif, mais indéniablement judicieux. Tant dans sa diversité que dans sa représentativité d’un musée "encyclopédique" qui recèle des trésors de l’art mondial. La coque de plastique transparent qui couvre un objet très "carré" vient rappeler les pyramides de Ieoh Ming Pei, évoquant ainsi la modernisation de l’institution. Si les oeuvres sont classiques, intemporelles, le musée a su les accompagner dans le temps, à travers l’histoire. ‘Louvre’ en témoigne. Dans une économie de texte et une iconographie entièrement vouée à l’art. Un guide en images, pertinent et abordable.

    Bibliographie sur le Louvre

    Le Louvre et les Tuileries - Huit siècles d'histoire, Michel Carmona, éditions de La Martinière, 2004

    Dictionnaire amoureux du Louvre, Pierre Rosenberg et Bruno Ferte

    Tout Le Louvre - Les chefs-d'œuvre, l'histoire du palais, l'architecture, 

     

     

  • Lecture rapide : Une amitié absolue, de John le Carré

    Une amitié absolue, de John le Carré.JPGUne amitié absolue raconte l'histoire de deux amis dans le domaine de l'espionnage, Ted Mundy, qui travaille pour les services secrets britanniques, et Sasha, un agent double de la Stasi qui lui transmet des informations. L'histoire suit la vie de Mundy depuis son enfance au Pakistan, son école publique en Angleterre et sa vie d'adulte en Allemagne. Il rencontre Sasha pour la première fois au plus fort de la guerre froide, et leur amitié se poursuit de la chute du mur de Berlin à la guerre en Irak. Ils s'associent tous deux à un philanthrope qui veut créer une université alternative pour contrer la propagande anti-guerre, mais Mundy découvre rapidement que ce n'est pas tout à fait ce qu'il semble être. John le Carré est l'un des plus grands conteurs du genre de l'espionnage et Absolute Friends a reçu des critiques mitigées.

    Le New Zealand Herald déclare : "C'est un roman extraordinairement passionné : il est amer sur l'autodérision et l'hypocrisie humaines, déchirant sur la solitude, excoriant dans sa dénonciation de la guerre en Irak et des multiples tromperies que les gouvernements et les entreprises pratiquent sur les gens."

     

    Une amitié absolue, de John le Carré, Éditeur Hodder & Stoughton 2003

  • Petit chronique de The Air We Breathe de Andrea Barrett

    The Air We Breathe.JPGL'histoire de The Air We Breathe se déroule dans un sanatorium du nord de l'État de New York pour les patients atteints de tuberculose, au début de la Première Guerre mondiale. L'un des nouveaux arrivants est Leo Marburg, un jeune chimiste russe. Miles Fairchild, un homme riche atteint de tuberculose, se repose dans une maison privée à l'extérieur du sanatorium, mais il y vient pour tenir des groupes de discussion hebdomadaires. Il a engagé une jeune femme nommée Naomi comme chauffeur dans l'espoir de gagner son affection, mais elle est plutôt attirée par Leo. Leo, quant à lui, se languit d'Eudora, la meilleure amie de Naomi. Lorsque les États-Unis entrent en guerre, les étrangers sont craints et isolés. Lorsqu'un incendie éclate au sanatorium, Miles en profite pour accuser Leo, son rival pour l'affection de Naomi. Le roman d'Andrea Barrett a reçu des critiques plutôt positives, le Newsday déclarant : "L'art de Barrett consiste en un équilibre presque parfait entre une narration fluide et la suggestion de vérités plus larges.

    On lit ses pages avec facilité, attiré par les fragilités attachantes de ses personnages et le caractère poignant de leurs circonstances. Pourtant, ce qui émerge de l'histoire est un panorama évocateur de l'Amérique, pour le meilleur ou pour le pire, à l'aube d'un énorme changement."

     

    The Air We Breathe de Andrea Barrett

  • Lecture de La jeune détective : Et autres histoires étranges de Kelly Link

    Découverte dans nos contrées par Gilles Dumay, le directeur de collection de Denoël Lune D’encre, Kelly Link bénéficie de la traduction en France d’un recueil de nouvelles sans équivalent dans son pays. Avec La Jeune détective et autres histoires étranges, Denoël regroupe en effet une sélection du « meilleur » de deux précédents recueils, Stranger Things Happen et Magic for Beginners.

     

    La jeune détective   Et autres histoires étranges.JPGDe ce côté de l’atlantique il s’agit bien pour la majorité des lecteurs de « découverte », puisque hormis dans des revues spécialisées de science-fiction, il était jusqu’alors impossible de lire ces textes. Récompensé par le Prix James Tiptree Award en 1997, dés la parution de Voyages avec la femme des neiges, Kelly Link fait aujourd’hui figure de référence dans le domaine du fantastique à tendance onirique et horrifique. Les multiples récompenses glanées par l’écrivain depuis quelques années le prouvent (Prix World Fantasy en 1999, Nebula Award en 2001, Hugo Award en 2005 et Nebula Award en 2006, etc.)

     

    Une reconnaissance méritée, qui vient couronner un univers, une écriture et une voix vraiment singulière dans le milieu de la « SF » contemporaine (au sens large). En effet, Kelly Link, d’une grande intelligence et d’une sensibilité non moins affûtée impose tout au long de La Jeune détective... un ton original et une ambiance réellement intrigante. Ses nouvelles gentiment morbides résonnent en nous comme de mauvais rêves au petit matin. L’auteur semble puiser dans l’inconscient collectif, mélangeant chimères, relectures très personnelle des grands mythes de l’humanité ou adaptations moderne des contes sinistres de Hans Christian Andersen (Voyages avec la femme des neiges faisant évidemment référence à La Reine des Neiges, mais aussi plus étrangement, à Cendrillon) et des histoires non moins cruelles d’Hoffmann ou Edgar Allan Poe.

     

    Mais Kelly Link cultive avant tout un style résolument contemporain (exception faite du très british « Chapeau du Spécialiste » qui n’est pas sans évoquer le film Les Autres d’Alejandro Amenabar , ou « Leçon de Vol » et sa cohorte de dieux et demi-dieux) ce qui déplace en quelque sorte, son monde fantasque et fantastique dans le domaine obscur et inquiétant des légendes urbaines, des déambulations éveillés de l’adolescence et des songes de l’enfance. On trouvera aussi beaucoup de points communs avec les auteurs inclassables de la littérature générale. Ainsi, « Nymphéas, Lilas, Lilas, Iris », rapelle Ainsi vivent les morts de l’anglais Will Self, « Leçon de magie pour débutant » malgré son titre à la Harry Potter fait immanquablement penser aux textes des Légendes d’automne de Ray Bradbury, « Le sac à main féerique » et « Peau de chat », ne sont pas loin de Michael Connelly ou du Neil Gaiman de Neverwhere, Animaux de pierre est un clin d’œil à Lovecraft, quant à « Plan d’urgence anti-zombie », avec son évocation nocturne d’adolescents aisés, laissés à eux même par leurs parents irresponsables, il semble faire un autre clin d’œil, au Bret Easton Ellis à la fois léger et sophistiqué de Lunar Park, cette fois ou de   chronique de Blaze – Stephen King .

     

    Au final, avec La Jeune détective et autres histoires étranges nous poursuivons notre découverte de cette littérature « transgenre », que d’aucun nomme joliment transfiction. Un terme proposé par Francis Berthelot pour qualifier des textes qui n’entre ni vraiment dans le domaine de la science-fiction, ni réellement dans celui de la littérature générale. Une chose est sûre, ce recueil ravira les amateurs de littérature étrange (c’est le moins avec un titre pareil), de fantastique décalé ou encore les lecteurs de Jacques Barbieri ou de Jeff Noon, avec qui Kelly Link partage également, bien des points communs.

     

  • Une lecture du livre : Le Choc de l’Islam de l'historien Marc Ferro

    Le Choc de l’Islam de Marc Ferro .JPGDerrière un titre "à sensation" se cache un livre très documenté qui fait tomber nombre d’a priori sur le monde musulman et découvre des pans entiers de notre histoire que l’on n’a pas appris sur les bancs de l’école ni devant la télévision.

    La grande qualité de Marc Ferro est qu’il tente toujours de faire la lumière avec honnêteté sur l’histoire, bravant les tabous s’il le faut, qu’ils soient d’un camp ou de l’autre. Il est d'ailleurs l'auteur d'un ouvrage d'historiographie remarqué : Les ruses de l’Histoire 

    Une partie de son ouvrage est consacrée à la création artificielle des Républiques d’Asie Centrale (notamment l’Ouzbekistan et le Tadjikistan) par les Soviétiques et à ses conséquences néfastes.

    Puis il met l’accent sur l’histoire de la zone s’étendant de l’Iran au Maroc, soit plus ou moins l’étendue maximale de l’empire Ottoman, dont Oussama Ben Laden a regretté la disparition. On y apprend comment Arabes et Musulmans ont une histoire marquée, après une période riche et faste, d’une série d’humiliations infligées par les anciens empires coloniaux (France, Grande-Bretagne), par eux-mêmes en 1967 et enfin, par les Etats-Unis. On mesure également à quel point les puissances occidentales ont mal mesuré, tout au long de l’histoire, la force de certaines valeurs musulmanes comme la famille, de l’idéal pan-arabe des dirigeants égyptiens et syriens qui ont par moments instrumentalisé l’Islamisme pour servir leurs fins.

    On apprend aussi les tensions intenses qui opposent les chefs d’Etats arabes et les islamistes, lesquels trouvent facilement une audience dans une population majoritairement indigente. Que ces tensions sont intimement liées aux conflits internes des islamistes vis-à-vis de la modernité, de la nation et de la légalité : faut-il utiliser la modernité, s’introduire dans les institutions d’un pays, faut-il rejeter tout d’un bloc, y compris l’idée d’Etat ?

    Il montre que les deux guerres d’Irak ont profondément divisé les pays arabes (mais pas forcément les populations) les unes soutenant les Etats-Unis, les autres s’abstenant. On voit également comment les mouvements révolutionnaires rouges occidentaux d’après 68 sont devenus des alliés pourtant improbables des terroristes islamistes, les premiers étant déçus des institutions capitalistes et les seconds, désespérés et anti-légalistes.

    Enfin, il explique que le mouvement terroriste actuel de Ben Laden, par son refus du compromis et du légalisme, va à l’encontre de l’intérêt de pays comme l’Arabie Saoudite ou l’Egypte. D’ailleurs, une des raisons pour laquelle le réseau de Ben Laden recrute avec facilité dans les pays occidentaux est qu’il entend lutter contre l’"impérialisme" capitaliste américain, et pas seulement pour l’avènement d’un monde musulman trans-frontières.

    Sans vouloir absolument donner ou proposer de réponse aux problèmes ni avancer de thèses fumeuses, Marc Ferro met simplement en relation des faits que les médias ou l’historiographie occidentale présente isolément, et propose ainsi une analyse intelligente et éclairante sur une question que tout le monde juge confuse. Bref, à lire absolument pour penser moins bête.

    Marc Ferro, Le Choc de l’Islam (XVIIe-XXIe siècle), Odile Jacob, 2003.