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Dans la foule, fin

Suite de la chronique du livre de Laurent Mauvignier dans la foule ;

C’est moins dans leur destin qu’ils sont incarcérés que dans la cage des déterminations sociales et de l’enchaînement des faits : naître cadet de trois garçons dans une famille ouvrière de Liverpool, se laisser entraîner par son copain d’origine italienne, céder aux rituels familiaux après avoir tout fait pour y échapper, se laisser griser par un rêve petit-bourgeois, et pour tous, graviter autour de l’événement, de l’accident, du drame. La lucidité ne sert à rien, l’effort de dire, sans même prédire, simplement énoncer ce qui arrive, ce qui va arriver, comme si on avait déjà assisté à sa propre vie, comme à la projection d’un film.

Chez eux, la catastrophe ne provoque pas de bouleversements, de perturbations ; elle déclenche plutôt des précipités de destins, des accélérateurs de biographie, des éternels retours ; alors même que le récit, l’enchaînement des faits, lui, continue de courir à sa vitesse, entre les lignes du temps émotionnel qui ne cesse de se décaler, de se désynchroniser du tempo fatidique, sans pourtant pouvoir jamais s’en désolidariser entièrement : l’imaginaire romanesque de Mauvignier se déploie dans l’intervalle de probabilité de l’existence et le futur est le temps que met cette vie réelle à s’insérer, patiemment, obstinément, dans la conscience douloureuse des individus. L’événement chemine dans l’histoire de chacun. La catastrophe n’est pas reprise par le chœur antique mais elle fournit, aux uns et aux autres, le thème de sa petite sonate solitaire.

Exemple, magnifique exemple : de la page 211 à la page 223, Geoff, rentré à Liverpool le lendemain du match, se raconte, au futur, la visite qu’il va faire à Elsie, sa fiancée, comment elle viendra lui ouvrir la porte, comment ils s’embrasseront, la gêne qu’il y aura entre eux, leurs silences, leurs gestes de tendresse, la façon dont il lui parlera pendant qu’elle s’active à confectionner des scones aux figues et aux poireaux

 

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