Le Centre Pompidou présente une rétrospective des quinze dernières années de Nicolas de Staël (1914-1955). Né à St-Petersbourg, ce fils d’exilés russes ne cessa d’approfondir ses recherches sur les formes, les matières et les couleurs tout en voulant dépasser l’opposition abstraction-figuration qui caractérise le monde de l’art dans le Paris de l’après-guerre. L’exposition présente près de 200 oeuvres majeures - 135 peintures, 80 dessins - venus de musées et collections françaises et étrangères, quelques livres illustrés et des gravures mais aussi des lettres touchantes de ce peintre qui choisit de se donner la mort à 41 ans.
Comment rendre compte de la diversité d’un peintre qui, insaisissable, n’est jamais tout à fait le même ? Alors que le peintre installé à Nice puis dans la capitale peint des toiles figuratives, il se tourne vers l’abstraction à partir de 1941, à la suite de sa rencontre avec Alberto Magnelli et Henri Goetz, deux peintres eux-aussi exilés. Les formes s’entrelacent et l’artiste travaille avant tout sur les contrastes de luminosité avant de se jeter vers une peinture beaucoup plus sombre et lourde comme en témoignera l’angoissante toile considérée comme le chef d’oeuvre de cette période, intitulée la vie dure (1946). La matière picturale ne cesse de s’épaissir et ses couleurs lourdes et terreuses semblent rappeler la pesanteur brute du monde. Ce n’est qu’après une série d’encres de Chine follement torturées que le peintre éclaircira sa palette.
Si les tons maçonnés au couteau et à la brosse deviennent plus doux et brillants, accrochant admirablement la lumière, la palette de l’artiste n’en demeure pas moins instable. C’est la période des tesselles de mosaïque (1949-1951) qu’il appelle aussi bien « paysage » que « nature morte ». On discerne une rupture en 1952, quand Nicolas de Staël peint à nouveau quelques objets puis quand dans sa célèbre toile Les toits pour la première fois un ciel apparaît au-dessus des tesselles.
Sont-ce les nuages qui lui donnèrent envie de peindre les paysages lumineux de l’Ile de France, de Normandie ou de Provence célébrés par l’exposition ? Jamais on aura peint le ciel de manière aussi épaisse et pourtant lumineuse. Que les oeuvres soient sur grand ou sur petit format, cette série est sans doute celle qui nous aide à mieux comprendre l’artiste dévoré par la couleur et la lumière du plein-air,de même que son travail sur les footballeurs auxquels une salle entière est consacrée : en mars 1952, le peintre ravi d’un match France-Suède décide de se lancer dans la réalisation d’un très grand Parc des Princes. Une vingtaine de petites études préparatoires absolument sublimes cherche à saisir avant la réalisation du projet le mouvement des masses musculaires tourbillonnantes et les couleurs vives des maillots des joueurs éclairés par les projecteurs. Comme pour ses paysages, Nicolas de Staël peint abstrait tout en retournant au motif ce qui fera sa célébrité. Sa peinture devra traduire l’éblouissement d’un instant, le mouvement dans la forme qui dans les Indes galantes force aujourd’hui notre admiration.
L’installation en Provence et un voyage en Sicile sont le temps d’un motif sur le vif. Si Nicolas de Staël se contente de tracer quelques formes au feutre durant son voyage, il peint à son retour de nombreuses toiles dans la ligne d’Agrigente où l’espace est construit par des masses de couleurs plus vives et plus chaudes que jamais où la matière se fait quelque peu oublier.
Les derniers mois dans l’atelier d’Antibes (septembre 1954-mars 1955) sont le lieu du doute et de nouvelles expérimentations. Le peintre fixe sur les toiles ses objets quotidiens dans une touche de plus en plus fluide et lisse que n’apprécient ni ses proches ni les critiques.